Mémoriser… Oui, mais comment ?

En pédagogie on évoque souvent la mémoire, paramètre indispensable à tout apprentissage. Mais qu’en est-il exactement ? Quelles en sont les composantes, et quelles sont les techniques qui peuvent nous aider à mémoriser ?

Tout d’abord, on a tendance à dire « LA mémoire », or nous n’avons pas une mémoire mais des mémoires. Pour être exacte il s’agit de nombreuses zones cérébrales complémentaires travaillant ensemble à la réalisation des tâches. Les mémoires ont chacune leurs fonctions et caractéristiques.

Je vous propose une approche selon 3 critères : par type, par capacité de rétention et par fonctionnement.

 

Les types de mémoires :

  • La mémoire sensorielle, aussi appelée mémoire perceptive.

Elle traite les informations perçues par les sens. Il y a une mémoire sensorielle pour chaque sens. Par exemple les mémoires iconique et échoïque, celles sollicitant le sens de la vue et de l’ouïe. La mémoire sensorielle conserve les informations pendant un laps de temps très court, celles-ci sont souvent oubliées tout de suite après avoir été perçues et traitées. Par exemple, lorsque vous regardez à un arrêt de bus à quelle heure passe le prochain bus, vous voyez tous les horaires proches de l’heure actuelle, mais vous n’allez retenir que celui qui vous intéresse. Et même l’horaire choisi sera rapidement effacé par votre mémoire une fois monté dans le bus car vous n’en n’aurez plus besoin.

 

  •  La mémoire de travail

Mémoire à court terme servant à percevoir et à traiter les informations nouvelles. Ce n’est pas un espace de stockage mais bien un espace d’exécution. Son travail est de retenir brièvement les informations pour les comprendre, les traiter et les transférer vers la mémoire à long terme. Elle a une capacité limitée, qui correspond à l’empan mnésique. C’est-à-dire « le nombre limité d’informations nouvelles et indépendantes que l’on peut retenir sans traitement. L’empan diffère entre les individus. Il dépend de la nature des informations, des stratégies menées pour retenir (astuces mnémotechniques, liens…), des conditions de mémorisation et de l’âge » (1). Prenons un exemple : vous avez surement déjà essayé de retenir un numéro de téléphone en le répétant successivement, juste le temps de le composer. Et bien c’est votre mémoire de travail qui s’affaire à maintenir ponctuellement l’information en mémoire.

 

  • La mémoire épisodique

Elle stocke nos souvenirs (contexte, date, lieu, ressentis). Mémoire de type autobiographique. Ces souvenirs nous aident à comprendre d’autres informations car ils servent de références.

 

  • La mémoire verbale, composée de

– La mémoire lexicale, qui stocke les mots selon leur orthographe et prononciation. C’est elle qui est mise en cause lorsqu’il nous manque un mot pur finir une phrase.

– La mémoire sémantique, qui stocke les mots selon leur signification, les connaissances sur le monde et sur soi. Il faut comprendre le sens des informations pour les mémoriser. L’un des exercices proposés par Alain Lieury pour travailler sur le sens des mots est de faire remplacer des mots par des synonymes. Cela permet d’évaluer si on a compris le sens du mot original.

 

  • La mémoire procédurale

Elle conserve les informations de type automatismes. Toutes les procédures que nous faisons sans effort, sans volonté consciente. Une fois mise en mémoire, elles le sont à vie. Toutefois pour être stockées en mémoire procédurale et atteindre ce stade de rétention, il faut de nombreuses répétitions et efforts conscients. Prenons un exemple : faire du vélo. Il faut beaucoup s’entraîner, se concentrer sur les actions à combiner, tomber, recommencer etc. Mais une fois acquis, le mécanisme ne s’oublie jamais même si vous ne faites que rarement du vélo.

Autres exemples : conduire, nager, taper au clavier très rapidement…

 

Les mémoires selon leur capacité de rétention :

Qu’est-ce que la capacité de rétention ? C’est la durée pendant laquelle les mémoires peuvent retenir une information. Elles diffèrent selon le type de mémoire. Dans le Mooc « Apprendre et enseigner avec les sciences cognitives » de Jean-Luc Berthier (1)(2) , nous retrouvons à quoi correspond chaque mémoire en termes de durée, appelée la temporalité :

  • La mémoire à très court terme

Quelques millisecondes. Concerne la mémoire perceptive.

 

  • La mémoire à court terme

Quelques dizaines de secondes, minutes à quelques heures. Concerne la mémoire de travail.

 

  • La mémoire à moyen terme

Quelques jours, semaines, mois. Concerne la mémoire sémantique.

 

  • La mémoire à long terme

Années, décennies, à vie. Concerne les mémoires épisodique et procédurale.

 

 

Les mémoires selon leur fonctionnement :

  • La mémoire déclarative

Mémoire explicite contenant les connaissances que l’on peut rappeler consciemment et décrire (relater un souvenir). Elle regroupe les mémoires à court terme, sémantique et épisodique.

 

  • La mémoire non-déclarative

Mémoire implicite contenant les connaissances « inconscientes », par exemple ce que l’on sait faire mais qu’on ne peut pas expliquer (conduire). La mémoire procédurale est non-déclarative.

 

 

Maintenant que nous avons défini tous ces types de mémoires et leurs fonctionnements, vous vous interrogez sûrement sur comment mieux mémoriser. Quelques suggestions :

Faites attention à vos conditions d’apprentissage. Votre capacité d’attention et donc de mémorisation dépendent de votre condition physiologique et morale. Le b.a. ba : dormez suffisamment, mangez sainement, maintenez-vous dans un état d’esprit positif et privilégiez un environnement calme.

La capacité de votre empan mnésique (nombre maximum d’éléments indépendants en mémoire de travail) est de 7 mots, 9 images et 4 positions dans l’espace (1) .

Vous pensiez que c’était plus ? Et non !

Pour augmenter cet espace vous pouvez créer des associations entre les informations, comme une suite de chiffres. Cette association, appelée « Chunk » prendra autant de place qu’un seul élément élémentaire. Vous optimisez ainsi votre capacité de mémoire de travail.

Autre conseil : pratiquer la mémorisation active, qui consiste à vous poser des questions sur le contenu plutôt que simplement lire et relire. Vous pouvez pour cela rédiger des questions auxquelles vous répondrez ultérieurement. Un logiciel comme Anki vous aidera dans cette démarche (tutoriel : https://www.youtube.com/watch?v=jUJuCY_Jcbo ).

Vous pouvez aussi :

–      Apprendre à voix haute.

–     Éviter le bachotage, opter plutôt pour une répétition dans le temps de façon à travailler plusieurs fois les mêmes notions, avec de plus en plus de temps entre les reprises.

–      Essayer de faire des liens entre les connaissances à apprendre et vos connaissances antérieures. La consolidation n’en sera que meilleure.

–      Reformuler avec vos mots les connaissances en cours d’apprentissage, à l’oral idéalement.

– Organiser les informations sous forme de schéma, par exemple en réalisant une carte mentale.

Exemple de carte mentale sur les mémoires :

Vous l’aurez compris, les mémoires sont intimement liées entre elles et complémentaires. Connaître leur fonctionnement est essentiel pour augmenter nos capacités de mémorisation. Et pour nous, acteurs de la pédagogie, une grande opportunité d’améliorer encore et toujours nos approches d’enseignement et parcours de formation.

 

Ecrit par Claire Perron

 


Sources pour la rédaction de cet article :

(1) MOOC « Apprendre et enseigner avec les sciences cognitives » sur www.fun-mooc.fr

(2) Jean-Luc Berthier, spécialiste en sciences cognitives de l’apprentissage et de la formation

Enseignements en psychologie des apprentissages de Guillaume Gillet, psychologue clinicien

Enseignements en ergonomie cognitive de Elisa de Castro Guerra, graphiste et psychologue de formation

 

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